Vous le surprenez devant un site porno ? Comment réagir ? La cybersexualité en question…

Partagez l'article
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  • 12
  •  
  •  
    12
    Partages

Il faut être clair, c’est toujours un choc de découvrir son fils ou son conjoint devant un site porno. L’impact ne sera pas le même qu’il s’agisse de votre fils ou de votre partenaire. Si l’inquiétude sera davantage marquée pour votre fils, découvrir son conjoint pourra déclencher des sentiments peut être plus violents de colère, de trahison et d’effondrement narcissique. C’est surtout ce deuxième cas que je vais traiter même si vous retrouvez quelques éléments de compréhension pour votre ado.

Voici quelques pistes pour vous aider à prendre du recul, à comprendre et à agir.

Gérer ses émotions

Vous aviez quelques doutes, mais à présent vous en avez la certitude. Il consulte régulièrement ce type de site. L’usage de tels sites n’est pas problématique en soi, c’est l’usage excessif voir même addictif qui va poser problème.

Peut-être êtes-vous choquée car la consultation de ce type de site implique généralement une activité masturbatoire. Cela peut vous poser souci alors que vous vivez en couple. Cela vous questionne sur la qualité de votre relation intime et plus largement sur votre relation affective. En ce qui vous concerne, l’impact psychologique peut être traumatique et peut même considérablement altérer l’estime de vous-même car vous vous remettez peut-être en cause.

Il faut savoir que la détresse psychologique est bien souvent partagée par votre conjoint.

– D’abord pour lui-même : Le visionnage de telles scènes engendre selon les chercheurs trois types de réactions : la fébrilité émotionnelle, la désorientation temporelle et une confusion fantasmatique. Néanmoins, l’utilisation d’internet favorise une impression de contrôle et de maîtrise… puisqu’il s’agit de virtuel. Cette dernière constitue ce que les psychologues appellent une croyance permissive qui va implicitement autoriser une pratique croissante. Le rapport au réel finit par être perturbé.

– Puis en lien avec vous : Dans le cadre d’une relation de couple solide, votre partenaire est bien souvent démuni par la détresse occasionnée et peut nourrir une certaine culpabilité, quoique souvent ambivalente, n’ayant souvent pas la sensation de vous avoir trompé puisqu’il s’agissait de virtuel.

Il est scientifiquement difficile de déterminer si les pratiques sont normales, excessives ou addictives. En effet, des facteurs moraux et individuels rentrent en compte.

Ce comportement reste essentiellement masculin. Sachez qu’aux Etats Unis, 72% des hommes reconnaissent passer entre 3 à 10heures par semaines sur des sites pornographiques. Reconnaissez qu’il ne s’agit pas d’une pratique marginale lorsque l’on parle d’une telle proportion ! Seuls 10% se considèrent comme addicts. La prévalence de ces comportements est particulièrement importante chez les adolescents.

COMPRENDRE

Pourquoi cette pratique est si fréquente ? Cela s’explique par ce que l’on appelle le modèle du triple A (Cooper et col, 2004) : des millions de sites sont facilement ACCESSIBLES, les prix sont ABORDABLES voir gratuits et l’usage est ANONYME .

Si les hommes célibataires (dont les ados) utilisent majoritairement ce type de site, beaucoup d’hommes les utilisent comme une pratique sexuelle complémentaire sans risque physique ou de stigmatisation sociale.

Il existe des facteurs de risque à ce type de pratique qu’il convient de comprendre afin de pouvoir faire face au problème de la manière la plus constructive possible :

  • Les conjugopathies ou crises du couple : les conflits entre conjoints ou l’insatisfaction sexuelle (rapports non satisfaisants ou trop rares) sont des motifs classiques explicatifs.
  • Les évènements de vie traumatiques
  • Les troubles de l’attachement durant l’enfance
  • Les troubles de l’érection et de l’excitation chez la personne elle-même
  • Les troubles anxieux et dépressifs
  • L’impulsivité et notamment le fait de présenter un trouble déficitaire de l’attention avec hyperactivité.

Si les problèmes de couple, la dépression, l’anxiété ou les troubles sexuels peuvent être à l’origine de ces comportements cybersexuels excessifs voir addictifs, à leur tour ces derniers vont probablement majorer la difficulté initiale, constituant ainsi un réel cercle vicieux.

QUE FAIRE ?

Tout d’abord, il convient de calmer  votre propre tempête émotionnelle et de ne pas vous mettre en cause en tant que personne. Il y a de fortes raisons de penser que le problème se trouve davantage au niveau du lien et de facteurs inhérents à sa propre personne.

N’hésitez pas à exprimer vos propres émotions en utilisant le « je ». Par exemple : « Je suis dévastée, je suis déçue, je me sens trahie, je ne m’attendais pas à cela. Je me pose beaucoup de questions »

Bien sûr, il convient d’échanger calmement sans culpabilisation excessive. Plus la communication sera efficace et authentique, plus le problème sera résolu de manière constructive. Prenez conscience que vous êtes si affectée, c’est qu’il y a de fortes probabilités que vous dramatisiez la situation.

Selon les problématiques soulevées au cours de ces échanges, il pourra être utile de se faire aider à l’extérieur : soit en couple (sexologue, thérapeute de couple), soit le conjoint individuellement pour traiter d’éventuels traumatismes anciens ou un trouble anxio-dépressif. Dans les cas les plus lourds (très rares), un traitement pharmacologique peut même être prescrit. Par ailleurs, vous aussi, vous pourriez avoir besoin de poser vos émotions chez un psychologue.

Enfin, prenez conscience qu’à toute chose malheur est bon… toute crise permet la résolution et le dépassement d’un état antérieur qui n’était plus satisfaisant.

Bon courage!

Virginie BOSSUT-HUBAUT

Psychologue spécialisée en thérapie cognitive et comportementale

(Article inspiré du Journal de Thérapie cognitive et comportementale, Cypersexualité addictive et TCC, F-X Poudat et M. Lagadec, Septembre 2017)


Partagez l'article
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  • 12
  •  
  •  
    12
    Partages
  • 12
    Partages

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *